• Inauguration de l'orgue Anneessens de la Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de GeraardsbergenDurant la période 1889-1890, Charles Anneessens (1835-1903) a construit un grand orgue pour la Sint-Batholomeuskerk de Geraardsbergen (Grammont). Charles Anneessens est le fils de Pieter-Hubertus Anneessens qui a notamment construit l’orgue de l’église Saint-Sauveur de Petit-Enghien. L’atelier Anneessens existait déjà à Ninove en 1832. En 1864, Charles Anneessens débuta la construction d’orgues à Grammont. Suivant une documentation émanant de la firme, au moins 227 orgues ont été construits entre 1865 et 1893, tant en Belgique qu’à l’étranger. Des instruments sont répertoriés en Angleterre (p.ex. Priory Church à Bridllington), en Ecosse, en Irlande, en Hollande, en Espagne et au Portugal.

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de GeraardsbergenL’orgue Anneessens de Grammont était pourvu de deux claviers manuels et d’un pédalier, composé de 29 jeux, et comptait 1.422 tuyaux. De 1880 à 1896 l’église a subi une influence néogothique. C’est Louis Bert de l'Arbre, pionnier grammontois du néo-gothique, également président de la fabrique d’église, qui a conçu le buffet néogothique en chêne. L’orgue fut inauguré en 1890 par Félix Wiegand, à l’époque, organiste belge de renommée mondiale et organiste titulaire du Kuurzaal d’Ostende, par la suite organiste au Townhall de Melbourne et à la cathédrale Saint-Patrick.

    Il va sans dire que l’inauguration d’un grand orgue dans la ville où ses ateliers étaient établis depuis un quart de siècle, devait constituer un événement hautement sentimental.

    Dans sa région il n’avait jusqu’alors livré que peu d’instruments : Zottegem en 1872 et Geraardsbergen-Josefieten en 1881. Son plus grand instrument fut construit à l’église Saint-Jacques à Anvers en 1884 ; il livra également différents grands orgues dans cette ville : à l’église Saint-Joseph en 1883, à l’Exposition Mondiale en 1885 (actuellement placé dans l’église Saint-Sauveur à Gand), au Collège des Jésuites en 1889. Aucun de ces orgues n’est resté inchangé. S’ils n’ont pas été abandonnés à leur sort, ils ont tous été électrifiés dans les années 1970 et adaptés aux nouvelles idées néo-baroques.

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

    Orgue Saint-Hilaire - Halluin

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

    Orgue Sint-Rochuskerk - Korkrijk

       

    A Halluin, en France, près de la frontière belge, se trouve un orgue restauré, en majeure partie, dans sa conception d’origine. C’est dans cette ville qu’Anneessens a établi son atelier à partir de 1893. Suivant certains connaisseurs le seul orgue qui ait conservé les timbres originaux d’Anneessens serait celui de l’église Saint-Roch à Kortrijk (Courtrai).

    L’orgue de la Sint-Bartholomeuskerk était à traction mécanique avec sommiers coulissants avec « machine Barker », sorte de relais central pneumatique servant à neutraliser la résistance des touches du clavier. Les registres de base de la pédale se trouvaient à l’arrière.

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen



    L’orgue fut construit dans deux « tours » latérales reliées par une galerie inférieure contenant la partie technique (l’alimentation en vent) ainsi qu’une partie des tuyaux de basse. L’intention était de maintenir libre la baie vitrée de la fenêtre ouest. Les sommiers du grand-orgue et du récit se trouvent encore dans leur état d’origine et ont une valeur historique.

    Des générations d’organistes ont –là où les moyens existaient- toujours trouvé des raisons pour modifier la composition de « leur » orgue, pour l’améliorer et l’adapter. Il en résulte souvent un instrument dont le caractère original est substantiellement modifié et parfois irrémédiablement perdu. Comme à beaucoup d’endroits, l’orgue de Grammont a fait l’objet d’une restauration qui devait lui permettre d’interpréter un répertoire plus étendu : d’une part, la musique d’orgue symphonique du 20e siècle, style Olivier Messiaen, Flor Peeters, et d’autre part, la musique baroque, notamment d’Allemagne du Nord.

    A partir de 1961 il fut de plus en plus question de procéder à une restauration approfondie et à une extension. Ces travaux furent réalisés en 1970 par la firme Jos Stevens de Duffel conseillée par l’organiste Honoré Van Caenegem et le chanoine Van Durme. Un positif fut ajouté dans un buffet supplémentaire placé entre les deux tours latérales.

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

    La traction fut modernisée. Les sommiers du grand orgue et du récit furent conservés mais pourvus d’électro-aimants activant un relais pneumatique suffisamment puissant pour ouvrir les soupapes dans les sommiers.

    Même la dénomination des registres fut adaptée. Des facteurs d’orgue tels que Stevens et Loncke avaient visiblement des idées puristes au point de vue langue et traduisirent les noms français des registres en néerlandais. Par exemple : Salicional devient Wilgenpijp (du latin salix = wilg), Voix céleste qui devient Zweving, etc. Ces nouvelles dénominations, non seulement « comiques », ne sont pas claires pour un non-initié. « Trompette » devient « Trompet », « Clairon » devient « Klaroen », etc.

    La transformation eut cependant aussi des effets négatifs. Il y avait à l’époque –et maintenant encore- une incompréhensible aversion vis-à-vis des « registres de fantaisie » qui étaient qualifiés de décadents et indignes. Ainsi furent supprimés des jeux typiques comme la Clarinette et la Voix humaine. Encore plus incompréhensible fut la suppression des fondements sonores du grand orgue : la Montre 16’ et la Trompette 16’. La sonorité générale de l’orgue en fut considérablement réduite. L’orgue perdit ainsi l’une de ses caractéristiques fondamentales : sa « gravité », son caractère typique. Toutefois ces jeux ne disparurent pas ; ils furent affectés à la pédale. L’on voulait se débarrasser des sonorités sombres de l’orgue romantique pour arriver à une sonorité plus claire. L’on a vraisemblablement voulu continuer dans cette voie en diminuant également autant que possible l’intensité des basses. La ventilation du pied des tuyaux fut réduite au minimum.

    En 2006 l’on constata que les sommiers qui devaient assurer une alimentation correcte en air des tuyaux présentaient des crevasses et des fissures à cause des variations d’humidité et de température. Ils étaient aussi troués à de nombreux endroits. Cette situation eut pour conséquences que certaines notes tenaient ou que certains tuyaux « cornaient ». De nombreuses anomalies comme l’utilisation de ruban-adhésif pour boucher des fissures furent constatées.

    Ces éléments et bien d’autres amenèrent le Conseil de la fabrique d’église à procéder à une restauration minutieuse de l’instrument d’origine.

    Jan Van Mol, expert en facture d’orgues, fut chargé de présenter un projet. L’objectif était de restaurer les sommiers suivant les règles de l’art sans toucher au caractère historique de l’orgue, de sauvegarder l’orgue devenu symphonique et donc de ne pas reconstruire l’orgue originel.

    Les travaux de restauration furent confiés au facteur d’orgues Etienne De Munck de Sint-Niklaas, en collaboration avec le constructeur d’orgue luxembourgeois Westenfelder. Les travaux furent réalisés selon les normes actuelles appliquées dans la construction d’orgues. Un travail soigné exécuté de manière experte était primordial.

    Bien que les tuyaux fussent encore en bon état, les vieux tuyaux de façades furent jugés inutilisables. Les grands tuyaux présentaient, vu leur grande hauteur et leur poids, des affaissements obligeant le placement de divers soutiens et attaches. De nouveaux tuyaux en zinc poli furent commandés.

    L’impressionnant instrument a pu être entièrement démonté en un jour en vue de sa restauration, mais six experts furent nécessaires. Le démontage confirma la nécessité de cette restauration.

    Pendant presque deux ans l’on n’entendit plus que les pauvres timbres d’un petit orgue de chœur mobile : « une friture en lieu et place d’un restaurant trois étoiles » !

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

    L’orgue restauré de la Sint-Bartholomeuskerk a été consacré solennellement le dimanche 21 septembre 2014 à 11 heures par le doyen Frans Hitchinson.

     

    Inauguration de l'orgue Anneessens de la Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

    Le concert d’inauguration a également eu lieu le dimanche 21 septembre 2014 à 15h00, et a été donné par Edward De Geest, organiste titulaire des orgues de la cathédrale Saint-Bavon à Gand. Au programme :

    Toccata en ré mineur, op. 59, n°5 - Max Reger (1873-1916)
    Musette per organo - Marco Enrico Bossi (1861-1925)
    Lied to the sun (extrait de "Liedsymphonie", op. 66 - Flor Peeters (1903-1986)
    Extraits du "Premier livre d'orgue" - Pierre Du Mage (1674-1751) :
    a. Duo sur le cornet et le cromorne
    b. Basse de trompette
    c. Tierce en taille

    Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565 - Jean Sébastien Bach (1685-1750)
    Prélude de choral "Wachet auf, ruft uns die Stimme", BWV 645 - Jean Sébastien Bach
    Grand choeur dialogué - Eugène Gigout (1844-1925)
    Extraits de "San Antonio Suite" - Noël Goemanne (1926-2010) :
    a. El dia di fiesta
    b. En el silencio de la noche

    Toccata de la Symphonie en fa mineur n°5, op. 42, n°1 - Charles-Marie Widor (1845-1937)

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

    A cette occasion le public a pu faire connaissance avec Antoine Anneessens, arrière-arrière petit-fils (13 ans) de Charles Anneessens, qui a interprété deux pièces :

    Ciacona in Bes de Willem Van Twillert (1952)
    Preludium in g, BWV 558 de Johann Sebastian Bach (1685-1750) 

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

     

    L'orgue restauré de la Sint-Bartholomeuskerk

     

    Retour à la disposition d'Anneessens pour le grand orgue, la pédale et le récit - Maintien du positif de Stevens.

    Trois claviers de 56 notes et pédalier de 27 notes. Traction électro-pneumatique, traction électrique des registres.

    Combinateur Setzer à 4000 combinaisons — Tempérament égal — La 435 Hz.

     

    Inauguration de l'orgue Anneessens de la Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

     

     

    COMPOSITION

    GRAND ORGUE RECIT

    Montre 16’
    Bourdon 16’
    Montre 8’’
    Bourdon 8’
    Violon 8’
    Flûte harmonique 8’
    Flûte octaviante 4’
    Prestant 4’
    Flûte Quinte 2 2/3’
    Doublette 2’
    Tierce 1 3/5’
    Fourniture II-IV
    Bombarde 16’
    Trompette 8’

    Hohlflöte 8’
    Bourdon 8’
    Salicional 8’
    Voix Céleste 8’
    Flûte Echo 4’
    Flageolet 2’
    Larigot 1 1/3’
    Sesquialter II
    Trompette 8’
    Basson-hautbois 8’
    Fourniture II-IV
    Voix humaine
    Trémolo

    POSITIF PEDALE
    Roerfluit 8’
    Kwintadeen 8’
    Zwegel 4’
    Spitsfluit 4’
    Nachthoorn 2’
    Nasard 2 2/3’
    Scherp III
    Kromhoorn 8’
    Sousbasse 16’
    Contrebasse 16’
    Flûte Basse 8’
    Violoncelle 8’
    Bombardon 16’
    Tubasson 8’


    ACCOUPLEMENTS

    Récit/GO 16’                   GO/Péd
    GO/GO 4'                       Réc/Péd
    Réc/GO                          Pos/Péd
    Pos.GO                          Pos/Réc
    Crescendo

     

    L'orgue Charles Anneessens de Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

    Inauguration de l'orgue Anneessens de la Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen

    Inauguration de l'orgue Anneessens de la Sint-Bartholomeuskerk de Geraardsbergen 

     

    Sources :

    Jan Coppens - Het Anneessensorgel in de Sint-Batholomeuskerk van Geraardsbergen - Ontstaangeschienis en restauratie - Gerardimontium 2013-250. Cliquer ici pour télécharger le document original (en néerlandais).

    Geert Fostier, voorzitter van het Beschermcomité van het Anneessensorgel van de Sint-Bartholomeuskerk van Geraardsbergen.

    Wikipedia