• L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

     

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

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    Serait-il exagéré de prétendre que l'éducation musicale constitue un besoin ressenti aujourd'hui plus qu'hier ?

    Depuis que la musique a trouvé son imprimerie grâce au disque et spécialement au microsillon, l'audition des chefs-d'œu­vre, jadis réservée à un petit nombre de privilégiés, est devenue à la portée de tous et l'on parle maintenant musique comme l’on parle littérature ou cinéma. Un homme cultivé ne peut plus igno­rer le nom et les plus belles pages de nos meilleurs musiciens.

    Il ne s'agit pas toutefois de se contenter d'une érudition superficielle, parfois utile, mais que le véritable humaniste ins­tinctivement souhaite dépasser. La musique, en effet, nous offre un répertoire de messages tellement profonds et qui opèrent sur nous par un phénomène de résonance; parce qu'elle ne précise rien mais exprime tout, elle excelle à nous découvrir notre propre cœur et aussi celui des autres. De plus, n'évoque-t-elle pas l'âme des choses puisque tous les êtres chantent dans l'univers ? Ce que nous savons à présent de la constitution de la matière est loin de contredire les intuitions géniales de Pythagore et d'Empédocle pour qui tout est rythme et musique, amour et tendance : la musique, loi de toutes les choses, à la faveur des nombres ; l'amour, seul artisan de l'univers... Je sais tel professeur de mathématiques de l'université de Louvain qui aime la musique parce qu'il aime les mathématiques... 

    Mais laissons-là un éloge qui n'est plus à faire et deman­dons-nous plutôt si nos collégiens aiment la musique. Nous-mêmes aurions tort, lorsqu'il s'agit d'introduire nos jeunes gens dans les voies de l'humanisme, de négliger une des clefs de notre trousseau. Faisons-nous donc suffisamment usage de la musique, instrument commode, voire pour certaines âmes, privilégié ?

     

    LES COURS DE MUSIQUE

    Le programme de la fédération nationale de l'enseignement moyen catholique prévoit un cours facultatif de musique. Rendu obligatoire au collège pour les classes de sixième et de cinquième des humanités latines et modernes, ce cours vise à donner aux cadets une connaissance des symboles musicaux et les initie aux structures musicales fondamentales. Le professeur, en même temps qu'il se donne pour but la formation de la voix des enfants, se doit de développer en eux le sens tonal, le sens métrique et rythmique, le sens de la polyphonie et de l'harmonie et même le sens de la forme. A cet égard, les exercices sont nombreux et par­fois si simples, mais indispensables à la formation des facultés musicales de l'élève, non seulement de celui qui un jour devien­drait interprète mais aussi de celui qui plus simplement écoutera la musique avec lucidité.

    L'orgue et la musique au Collège Saint-AugustinDepuis quelques années, Monsieur le Principal confie à M. l'abbé Lacrosse¹ un cours facultatif d'esthétique musicale et d'histoire de la musique, destiné aux aînés. Nombreux sont les élèves de seconde et de rhétorique qui se réunissent tous les jeudis autour de leur musicologue et apprécient ses leçons. Ils bénéficient d'auditions commentées méthodiquement et appren­nent à reconnaître les différentes formes musicales ainsi que le style des maîtres qui les ont créées ou illustrées. Très sérieuse­ment ils se soumettent à l'examen de fin de trimestre et surtout ils deviennent les amis fervents de la grande musique. Pour ces cours, le bel appareil « Grundig », offert en 1953 par la rhéto­rique jubilaire, nous est précieux : cet appareil qui rassemble poste de T. S. F., pick-up et enregistreur sur bande, permet des leçons vivantes et des auditions de qualité. Merci encore aux chers Anciens qui nous firent ce cadeau royal !

    Outre ces cours prévus par le programme scolaire, des leçons particulières assurées par MM. les professeurs Destrebecq et Cochez, permettent aux élèves instrumentalistes de commencer ou de poursuivre leurs études. Le collège met à leur disposition des salles de répétitions individuelles et des pianos. Les amateurs sont moins nombreux qu’autrefois. Serait-ce la crainte du surmenage ou la facilité plus grande d’écouter de la musique que de l’exécuter ou encore un sacrifice consenti aux activités sportives… ?

     

    LES AUDITIONS MUSICALES

    Le disque ne remplace jamais le concert, les vrais discophiles eux-mêmes l’ont depuis longtemps expérimenté. Il y manque l’atmosphère d’une salle et plus encore la communion directe avec l’artiste qui mérite d’être vu aussi bien qu’entendu. Il manque la fidélité parfaite à laquelle ne peuvent prétendre ni l’enregistrement ni l’émission radiophonique… Et puis l’on ne peut fixer la vie sans la faire mourir… ainsi, un disque plusieurs fois écouté perd de son charme parce que la musique y est inscrite identique à elle-même pour toujours. Une éducation musicale soignée exige donc que soit donnée aux élèves la faculté d’entendre de la belle musique exécutée devant eux par des interprètes de valeur. M. le Principal le comprend et dans le programme des séances culturelles de cette année scolaire figurent trois auditions musicales : deux séances de musique de chambre et un concert spirituel.

    Le 3 décembre, Mme Devrees, soprano, Mme Berditchevschi, pianiste, et M. Pingen violoniste, nous ont interprété des œuvres diverses de Mozart dont on fête, cette année, le bicentenaire de la naissance. La deuxième partie du concert était consacrée à Chopin, Debussy, Grieg, Moussorgski, Ysaye, Fiocco et De Falla. L’ensemble était de bonne tenue et le public vraiment satisfait. Pour nous, nous avons particulièrement aimé les saynètes enfantines de Moussorgski, véritables petits joyaux. L’auteur, on le sait, en a lui-même écrit le texte et l’a illustré dans un langage musical personnel, remarquable par sa puissance d’évocation : les enfants sont pris sur le vif ! Nous avons applaudi chaleureusement Mme Devrees dont l’interprétation nous parut si fidèle et si vraie. Chose curieuse mais au fond normale, les élèves, qui en tant de choses ont des goûts bien modernes, étaient plus « emballés » par les sonates de Mozart. Ils n'ont d'ailleurs pas tort de chérir le maître de Salzbourg, loin de nous la pensée de leur en faire grief, mais il faut sans doute noter que Mozart a été étudié particulièrement au cours de M. l'abbé Lacrosse ... les romanti­ques et les modernes auront leur tour dans quelques semaines …

    Nous avons eu ce 21 janvier l'honneur de recevoir M. André Dumortier, lauréat du « Concours Reine Elisabeth » et directeur du conservatoire royal de Tournai. Le récital de piano offert par ce maître comportait deux parties nettement distinctes. Musique pure : Sonate en la majeur de Mozart ; sonate « clair de lune » de Beethoven. Plaisir de la musique : « Sœur Monique » et « Tic­toc-choc » de Couperin ; Mazurka (adieu à la Pologne), Nocturne en fa majeur et étude dite « révolutionnaire » de Chopin ; Prélude en do majeur, Polka de Schostakovitch ; extraits de « Petrouch­ka» de Stravinsky. Les élèves furent émerveillés et avec raison. L'un d'eux me disait à l'issue du concert : « M. l'abbé je ne trou­ve pas de mots pour traduire mes impressions ; ni d'adjectif pour qualifier le jeu de M. Dumortier... » Et c'est vrai, ce n'est pas facile de parler la langue du critique musical quand on l'ignore presque totalement, et c'est difficile d'exprimer adéquatement la reconnaissance que l'on éprouve après une telle audition. M. Dumortier me semble tellement sincère et intelligent et sensible. Il possède une technique tellement souple qu'il traduit avec le même bonheur les sentiments les plus délicats comme les mou­vements les plus passionnés. Bref un musicien de toute grande classe, qui par surcroît ne manque jamais de respect à un audi­toire, fut-il de collégiens, tout simplement parce qu'il respecte et vit la musique... Son ami et premier maître, M. l'abbé Hinnekens, doyen d'Antoing, le présentait à cette séance. Le commentaire de M. le Doyen fut discret et profondément éducatif, celui d'un prêtre-musicien cultivé. Les élèves apprécièrent l'analyse des deux sonates, la comparaison très fine entre l'art du portrait chez Couperin et chez La Bruyère, l'initiation à l'esprit de la musique russe ... Magnifique soirée dont nous conservons le meilleur sou­venir.

    Une troisième séance musicale est annoncée pour le 25 février. Nous aurons le plaisir d'écouter le « Magnificat » de J.-S. Bach et la « Symphonie inachevée » de Fr. Schubert.

     

    LA MUSIQUE SACREE

    « La musique religieuse, écrit le Père Sertillanges, n'est pas un accessoire ou un agrément extérieur ; c'est la vie même de la prière prenant sa forme complète ; elle est liée à la parole comme la parole à la pensée, la pensée à l'âme et l'âme à l’Esprit-Saint ».

    L'orgue et la musique au Collège Saint-AugustinAu collège, comme dans toute l’Eglise, nous prions en chan­tant. Nous faisons peu, pour ainsi dire, pas de polyphonie ; le plain-chant par contre rehausse nos cérémonies liturgiques. L'ensemble de la communauté alterne alors avec la chorale des petits et des grands.  MM. les abbés Duvivier, Coppens et Donnez diri­gent ces différents chœurs. Nos élèves aiment chanter aussi les psaumes de Gélineau, si profondément religieux, où la parole inspirée est reine et la musique « incluse dans les mots ». Un orgue d'exceptionnelle valeur prélude et accompagne ces chants pour la gloire de Dieu. L’instrument, offert par les Anciens Elèves de la maison, a été construit par la firme Klais de Bonn. Il n'est pas possible d'en faire ici la description qui demanderait plusieurs pages (un article d’Heri et Hodie, février 1932, lui fut consacré ; les vieux lecteurs de la revue y retourneront se rappelant avec délice les timbres caractéristiques de l’instrument…)

     

    ET ENFIN, POUR S'AMUSER... LA FANFARE DU COLLEGE !

     

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

    Eh oui, nous avons, depuis quelques mois, une fanfare à Saint-Augustin. Ce n'est pas la première et ce ne sera sans doute pas la dernière mais actuellement elle constitue, dans la commu­nauté, une réelle attraction. Les premières semaines de son exis­tence furent une période de fièvre ; on n'entendait plus, pendant les récréations, que le chant des clairons, le roulement des tam­bours... Les instruments d’ailleurs, manquaient au nombre d'ama­teurs sans cesse croissant et il fallut toute l'habileté de M. l'abbé Lacrosse, ses relations et son optimisme, pour rassembler en un temps record l’équipement sonore de la fanfare et de la clique.

    Pour sauver le premier enthousiasme, M. l'abbé a mis bon ordre à ces essais : quarante élèves se réunissent tous les mardis pour une répétition générale : le soir, on travaille par groupes séparés, sous la direction de deux musiciens dévoués de la ville, MM. Deprêtre et Mertens. Et tout ceci est excellent. Outre le fait que les heureux membres de la fanfare acquièrent le sens du rythme, le goût de la musique, ils trouvent, dans cette initiative, un sain dérivatif et se rendent utiles à la communauté. Ils nous ont, en effet, gratifiés d’une première audition le 11 novembre ; ils ont célébré la visite de St-Nicolas le 6 décembre, organisé une joyeuse parade la veille des vacances de Noël ; ils promettent leur présence aux fêtes du troisième trimestre… Ils font même école car aujourd’hui tous les instrumentistes se découvrent et souhaitent eux aussi se rassembler pour agrémenter la vie de leur compagnons : harmonicas, violons, mandolines, guitares, clarinettes, etc…

    Comment ne pas se réjouir de cet envahissement de la musique chez nous ? Souhaitons qu’elle fasse à tous le bien qu’on peut légitimement attendre d’elle et que se vérifie une fois de plus le mot de Saint Augustin, si riche d’application en toute matière : « quand les petits s’attachent aux grandes choses, elles les font devenir grands » !...

     

    ¹ M. l'abbé Henri Lacrosse, est né le 10 janvier 1923 à Theux, ordonné le 31 juillet 1949 à Tournai. Maître d'études (surveillant) au Collège Saint-Augustin à Enghien, préfet de discipline dans le même Collège, vicaire à Lodelinsart (Sainte Vierge), aumônier de la clinique Notre-Dame à Charleroi. Il est décédé le 27 décembre 2007 à Châtelet. Ses funérailles ont été célébrées le 3 janvier 2008 à Châtelet-Faubourg (Immaculée Conception).

     

    L'Orgue du Collège Saint-Augustin d'Enghien

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

    L'orgue et la musique au Collège Saint-Augustin

     
    Vous écoutez : "Fanfare" de Jacques-Nicolas Lemmens
    Enregistré le 24 mars 2013 lors du concert organisé par l'Académie de Musique d'Enghien,
    à l'occasion de son 50e anniversaire
    A l'orgue : José Dorval
     

     

    L'orgue et la musique au Collège Saint-AugustinSources :

     

    La musique au Collège Saint-Augustin - Chanoine Gérard Deffrennes - Heri et Hodie - 25e année – n° 1 – mars 1956 – pp. 21 - 26.

    L'orgue du Collège Saint-Augustin - Gérard Deffrennes - Annales du Cercle Royal Archéologique d'Enghien -Tome XXIX - Tiré à part - pp. 3 - 15.