• O & E : 2.3 Les compositeurs et les oeuvres

    O & E : 2.3 Les compositeurs et les oeuvres


     

    O & E : 2.3 Les compositeurs et les oeuvresFranz Joseph Haydn est né le 31 mars 1732 à Rohrau (frontière austro-hongroise). Sa famille n’est pas vraiment musicienne, mais son père, un charron, joue de la harpe sans toutefois connaître les notes. Le jeune Haydn est un jour remarqué par un cousin, Johann Matthias Franck, un instituteur, qui persuade ses parents des dons de leur fils. Ce dernier part donc à Hainbourg, et il sera recruté à Vienne par Georg Reutter, le maître de chapelle de la cathédrale Saint-Étienne, pour chanter à la manécanterie, où entrera plus tard son frère, Michael Haydn. Il est doué et très apprécié, mais à 18 ans son aura décline avec la mue et G. Reutter, qu’il n’intéresse plus, le met à la porte.

    À Saint-Étienne, la théorie n’était pas la matière primordiale. Haydn a pu y apprendre lui-même certaines bases de la composition et s’essayer à cet art. Mais les vraies études de Haydn commencent avec Nicolas Porpora, compositeur italien qui lui sera présenté par le poète Métastase (voisin de Haydn). Le futur compositeur, même s’il sert un peu de valet au vieux maître, apprend les principes fondamentaux de la composition.

    En 1758, le Comte von Morzin, riche mélomane, propose à Haydn le poste de maître de chapelle. Les symphonies et quatuors composés à cette époque connaissent le succès et sont diffusés à travers l’Empire. En 1760, Haydn commet l’erreur de sa vie en épousant la fille d’un ami perruquier, Maria Anna Keller, dont il convoitait plutôt la sœur cadette.

    En 1761, le Prince Esterhazy (d’une des familles les plus riches de Hongrie) engage le musicien comme "compositeur attitré". Le traitement d’Haydn est confortable et il peut envisager l’avenir avec sérénité. La même année, il écrit les symphonies numéro 6 "matin", numéro 7 "midi" et numéro 8 "soir". Haydn a à sa disposition un très bon orchestre mais il doit collaborer pendant cinq ans avec Werner, maître de chapelle en titre, jusqu’à la mort de celui-ci. Il composera énormément durant cette période heureuse (son Stabat Mater aura un succès européen).

    Le Prince prenant goût à l’opéra italien, Haydn sera obligé de déployer une activité considérable en créant ses opéras mais aussi en jouant ceux de ses confrères. De 1780 à 1790, il s’occupera de 96 opéras. À partir de 1779, le contrat qui prévoyait que les œuvres de Haydn appartenait au Prince Esterhazy est modifié. Il peut dorénavant éditer lui-même ses pièces. Il noue alors en 1780 des liens durables avec la maison d’édition Artaria qui publie toutes ses compositions de 1780 à 1790.

    La célébrité du compositeur ne cesse de grandir en Europe. Dans ses dernières années à Esterhaz, il n’écrit pratiquement plus pour le Prince Nicolas. En 1785 et 1786, il écrit la série des six symphonies dites "parisiennes" pour les concerts de la loge Olympique à Paris (il touche 25 louis d’or pour chacune). L’isolement à Esterhaz commence à lui peser réellement d’autant qu’à Vienne il rencontre des personnes qui lui deviennent chères, telles que Wolfgang Mozart. Leur première rencontre a certainement eut lieu en 1784. Les deux compositeurs conservent une amitié et un respect réciproque.

    Après la mort du prince Esterhazy en 1790, le fils Paul Anton n’ayant aucun goût pour la musique, il laisse Haydn maitre de chapelle mais licencie l’orchestre. Le compositeur décide de s’établir à Vienne et les invitations affluent. Sur la demande de Johann Peter Salomon, organisateur de concerts à Londres, Haydn y effectue deux séjours et quitte pour la première fois son pays. La première saison commence en janvier 1791. Il compose quelques symphonies de la série dite londonienne qui lui procurent une réputation considérable. C’est là -bas qu’il apprend avec tristesse la mort de Mozart.

    Il quitte Londres en juillet 1792. Au retour, il fait étape à Bonn où on lui présente le jeune Ludwig van Beethoven à qui il promet de lui donner quelques leçons à Vienne. De retour dans la capitale viennoise, il donne les cours promis à Beethoven mais celui-ci, sans doute trop pressé, contacte d’autres professeurs. Néanmoins, Haydn influencera le jeune compositeur à ses débuts.

    Début 1794, le compositeur effectue son deuxième séjour à Londres. Il part avec dans ses bagages les symphonies numéro 99, 100 et 101 déjà commencées et quelques quatuors à cordes. La numéro 100 ("militaire") lui vaudra un triomphe sans précédent. La dernière symphonie numéro 104 "London" fut créée en mai 1795. Il quitte définitivement les îles britanniques le 15 août 1795. Il aura durant ce séjour considérablement augmenté ses finances et son prestige international.

    De retour en Autriche, il trouve un nouveau Prince qui le nomme maître de chapelle, lui demandant simplement de lui composer une messe par an pour la fête de sa femme (Heiligmesse, Missa in tempori belli, Missa in angustiis, Theresienmesse...). Haydn compose de 1797 à 1798 La Création, un oratorio généralement considéré comme le sommet de sa carrière et sommet de la musique tout simplement. Jusqu’en 1805, vivant essentiellement à Vienne, il manifesta une grande activité créatrice (Six derniers quatuors à cordes, 1797, la Création, 1798, les Saisons, autre oratorio célèbre, 1801).

    Haydn est un compositeur couronné. Les honneurs lui viennent d’Amsterdam, de Stockholm, de Paris...De nombreux compositeurs et biographes viennent le visiter. Il fait sa dernière apparition publique le 27 mars 1808 pour la représentation de La Création (dirigée par Antonio Salieri).

    Couvert d’honneurs mais affaibli par la maladie, Haydn meurt le 31 mai 1809 à 77 ans. Napoléon vient d’entrer pour la seconde fois dans la capitale autrichienne. Il fera placer une garde d’honneur à sa porte. Les restes de Joseph Haydn ont été transportés en 1932 dans un mausolée à Eisenstadt. 77 quatuors à cordes, 104 symphonies dont nombre d’entre elles ont un surnom, 20 concertos pour piano, une vingtaine d’opéras et de nombreuses production à caractère sacré témoignent de l’activité de cet homme que ses contemporains tiennent pour le meilleur musicien de son époque.

    Cette productivité le desservira parfois car certains estiment que qualité ne rime pas toujours (dans son cas) avec quantité. Mais il est, avec Mozart, la figure majeure du classicisme viennois. Il a promu au plus haut niveau la forme sonate dans le répertoire du clavier, du quatuor à cordes et de la symphonie.

     

    L'anima del filosofo, ossia Orfeo ed Euridice

    L'âme du philosophe, ou Orphée et Euridice, est un dramma per musica en quatre (ou cinq) actes composé par Joseph Haydn en 1791 sur un livret de Carlo Francesco Badini inspiré des livres IX et X des métamorphoses d'Ovide. Il s'agit du dernier opéra de Joseph Haydn, et du seul qu'il composa en dehors d'Esterháza. Le chœur y joue un rôle primordial.

    L'anima del filosofo est créé le 9 juin 1951 au Teatro della Pergola à Florence, sous la direction d'Erich Kleiber. Les rôles principaux sont chantés par Maria Callas (Euridice), Boris Christoff (Creonte), Julanna Farkas (Genio) et Thyge Thygesen (Orfeo).

     

    Haydn qui a dirigé l'Orfeo de Gluck offre une toute autre version du mythe grec : un tableau éloquent par sa grandeur morale, qui s'autorise des accents âpres, des choeurs somptueux, une résolution crue et brute qui insiste sur le thème central : que peut l'homme qui ne sait maîtriser ses passions? Au demeurant, en homme des Lumières, convaincu par la vertu morale dans chaque acte de la vie, Haydn, en 1791 signe ici son ultime opéra, comme un testament spirituel, un acte de foi philosophique. Nous voici revenus à la source de toute connaissance: le "Connais-toi toi même" si fameux, est bien la clé d'une partition qui si elle peine à démarrer dans la première partie (trop de scènes déclamatoires et d'exposition des caractères), offre dans le second volet, un réel accomplissement musical digne de La Clemenza di Tito de Mozart, composé la même année:  même raffinement des couleurs instrumentales, même gravité des climats  à la fois sombres et poétiques... Un exemple? Ecoutez le choeur des âmes damnées aux Enfers (traversés par Orfeo sous la conduite du Génie) où les choristes endossent les costumes d'aliénés mentaux: la force du tableau dans la violence et la sauvagerie désespérée des chanteurs, saisit.
    La Clemenza de Mozart, L'Anima de Haydn... Voici certainement deux oeuvres décisives par la prise de conscience qu'elles induisent. Les auteurs y témoignent d'une découverte nouvelle rompant avec les passions propres à l'heure baroque: les créateurs se concentrent sur le sentiment, dont l'activité sous la nécessité de l'âme, vise de nouveaux défis. Ainsi ambitionnent Mozart et Haydn, offrant déjà deux écritures visionnaires aux multiples éclairs romantiques.

    Alexandre Pham – Opéra des Lumières, nuit d’Orfeo - 16 mars 2009 – Classiquenews.com


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